Port Royal des Champs

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Le Bon Pasteur

Ph. de CHAMPAIGNE

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Le Bon Pasteur

 Philippe de Champaigne et son atelier

Le Bon Pasteur, vers 1664

Peinture à l'huile ; toile
H. : 92 ; L. : 50 cm
1962.1.003 (PRP 002)
Hist. : saisie révolutionnaire, 28 février 1793 ; Paris, Museum central ; déposé par l'État à Dijon en 1803 ; affecté au musée national des Granges de Port-Royal en 1962.


Une lettre de la mère Agnès à Renaud de Sévigné, oncle de la célèbre marquise, nous apprend que le chevalier a commandé un tableau sur le thème du Bon pasteur à Philippe de Champaigne pour l'offrir au monastère de Port-Royal. Devant l'impatience de son pénitent, la mère Agnes lui écrivit, dans une lettre peut-être de février 1664 : « Pour ce qui est de votre tableau, vous me dispenserez, s'il vous plaît, si je ne fais écrire pour l'avoir le mercredi des Cendres, mais nous solliciterons que vous l'ayez le mercredi-saint, ou plutôt le mercredi de la Passion ; car il vous faut considérer, s'il vous plaît, que M. Champagne est pressé d'ailleurs, et qu'en cette saison la peinture ne sèche point. Je sais bien qu'il y a longtemps qu'il est commandé ; mais un pénitent ne doit pas vouloir être servi le premier, principalement quand il a fort aimé à être le maître. » Renaud de Sévigné ne semble apparaître dans la sphère de Port-Royal qu'à la fin de 1659 ou au début de 1660. Au printemps 1661, il se fit bâtir un logis aux portes de l'abbaye de Paris, qu'il fut contraint de quitter dès le 1er août suivant. La commande de cette oeuvre peut donc se situer entre 1660 et 1664, date probable de la lettre de la mère Agnès.

Comme pour la plupart des oeuvres peinte par Philippe de Champaigne ou sortie de son atelier, l'histoire et l'attribution de cette peinture reste complexe. Il existe deux versions de cette oeuvre : celle conservée au musée des beaux-arts de Tours, et celle conservée au musée de Port-Royal des Champs. Dans sa monumentale étude consacrée à Philippe de Champaigne (Léonce Laget, 1976), Bernard Dorival considérait que la version présentée au musée de Port-Royal pouvait être l'originale. Philippe Le Leyzour et Claude Lesné, au moment de l'exposition Philippe de Champaigne et Port-Royal  (1995) donnaient la préférence à la version exposée au musée des beaux-arts de Tours. Le débat reste difficile à trancher : les deux versions sont extrêment proches et ont pu être peintes à partir du même carton, soit simultanément, soit dans des périodes proches : mêmes dimensions, coloris identiques.

Dom Clemencet signale la présence de ce Bon pasteur dans l’abbatiale, au dessus de la porte méridionale de la nef. Il apparabrueghelît accroché sur le mur du réfectoire dans la gravure de Magdeleine Horthemels. Mais il peut s'agir d'une représentation allégorique, tendant à assimiler le repas des religieuses au "banquet de l'Agneau" du nouveau Testament.

Pour cette composition, Champaigne a pu s'inspirer de modèles flamands plus anciens, comme celle d'un bon pasteur gravé par Brueghel l'ancien. Il fait icila synthèse des deux versions de la parabole. Le visage rayonnant du Christ, sa posture fermement campée, suit la tradition des synoptiques : quand le pasteur retrouve la brebis égarée, il la met, tout joyeux sur ses épaules et rentre chez lui (Luc XV, 3-7 ; Matthieu, XVIII, 12-14). Le chemin couvert de ronces évoque celui de la passion et le texte plus développé de Jean : « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (X, 1-11).

 

 

© Musée de Port-Royal des Champs - RMN